Le repas du dimanche à travers le monde : une tradition universelle aux mille visages
Le dimanche est l'un des rares jours où l'on cuisine sans regarder l'heure. Les magasins sont fermés, personne n'a de train à prendre, et le déjeuner peut s'étirer jusqu'en milieu d'après-midi sans que cela gêne qui que ce soit.
Cette pause existe presque partout, mais elle ne prend pas la même forme. En France, on enfourne une viande le matin pour la sortir vers deux heures. À Canton, on est attablé dès neuf heures devant une théière. En Éthiopie, on mange à plusieurs dans la même galette. En Afrique du Sud, on allume un feu et l'on attend qu'il soit prêt.
Nous avons regardé de plus près ces quatre dimanches.
En France : le goût de la transmission
En France, le repas dominical occupe une place presque sacrée dans l'imaginaire collectif. Même si les modes de vie évoluent, beaucoup associent encore le dimanche à une grande tablée familiale. Grands-parents, parents, enfants et parfois amis se retrouvent autour d'un déjeuner qui s'étire souvent bien au-delà de l'heure du café. Le menu varie selon les régions et les familles, mais certains éléments reviennent : un plat mijoté, une viande rôtie, un gratin, un plateau de fromages, un dessert maison. Alors que l’on soit de Paris, de Neuilly, ou de Marseille, il y a toujours en tout cas, une spécialité locale à découvrir.
Plus qu'un repas, c'est un rituel. On prend le temps de cuisiner, on discute longuement, les générations se mélangent et les anecdotes se transmettent en même temps que les recettes. Cette place du repas partagé a d'ailleurs été reconnue à l'échelle internationale : en novembre 2010, l'UNESCO inscrivait le « repas gastronomique des Français » sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité, en saluant le fait d'être bien ensemble autant que le contenu de l'assiette.
Chine : le dimanche autour du dim sum
Dans de nombreuses familles du sud de la Chine, notamment à Hong Kong et dans la région de Canton, le dimanche matin est souvent synonyme de dim sum. Ces petites bouchées servies dans des paniers en bambou sont dégustées lors du yum cha, le traditionnel brunch cantonais composé de thé et de dim sum. Raviolis vapeur, brioches farcies, rouleaux de riz et petits gâteaux accompagnent de longues conversations autour d'une théière que l'on remplit sans cesse.
Contrairement au repas français centré sur une assiette individuelle, les plats circulent au milieu de la table et chacun goûte à tout. C'est une logique que décrit Fuchsia Dunlop, spécialiste britannique de la cuisine chinoise, dans Invitation to a Banquet (2023) : le repas chinois se pense comme un ensemble à partager, jamais comme une succession de portions.
Éthiopie : manger dans le même plat
En Éthiopie, le dimanche réunit souvent la famille autour d'un grand plat commun. Au centre du mesob, le plateau tressé qui fait office de table, se trouve l'injera : une large galette de farine de teff, souple et légèrement acidulée, sur laquelle sont disposés légumes, sauces et préparations mijotées. On mange avec les mains, directement dans le même plat.
Le geste le plus emblématique de cette culture est le gursha — littéralement « bouchée » en amharique — qui consiste à porter soi-même une bouchée à la bouche d'un convive, en signe d'affection et de respect. Le chef Yohanis Gebreyesus, formé à l'Institut Paul Bocuse avant de rentrer ouvrir son restaurant à Addis-Abeba, résume cette cuisine comme un moment de partage et d'attention à l'autre. Ici, le partage n'est pas seulement une valeur : il est inscrit dans la manière même de manger.
Afrique du Sud : le braai du dimanche
En Afrique du Sud, le dimanche est souvent associé au braai. Le mot vient de l'afrikaans braaivleis, « viande grillée », et la pratique mêle traditions africaines de cuisson au feu et héritage des colons néerlandais. Famille, voisins et amis se réunissent autour de viandes grillées, de salades, de pains et de spécialités locales ; le feu devient le véritable centre de la rencontre. On l’importerait bien en France pendant l’été !
Le braai est à ce point identitaire que le Heritage Day du 24 septembre est devenu le National Braai Day, dont l'archevêque Desmond Tutu a accepté d'être le parrain. Son argument tenait en une phrase : le pays compte onze langues officielles, mais un seul mot pour désigner le braai. Comme le repas dominical français, il célèbre la convivialité — mais ici, la préparation collective, le plein air et l'atmosphère festive occupent le premier rôle.
Des traditions différentes, des valeurs communes
Les plats n'ont rien de commun, les gestes non plus. Ce qui revient, en revanche, c'est que quelqu'un a cuisiné pour d'autres et que personne n'est pressé de se lever.
C'est en partie pour cela qu'Eat Épicurien existe. Quand on a grandi avec les déjeuners du dimanche, on n'est pas si loin d'un braai ou d'un yum cha : on sait déjà ce qu'est une table qui dure. Le reste s'apprend en s'asseyant, et c'est ce que nous cherchons à faire à chaque édition, autour d'un pays, de sa cuisine, de sa musique et de ses images.
Sources
UNESCO, Le repas gastronomique des Français, Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité, 2010 — ich.unesco.org
Fuchsia Dunlop, Invitation to a Banquet: The Story of Chinese Food, W. W. Norton / Particular Books, 2023
Yohanis Gebreyesus, Ethiopia: Recipes and Traditions from the Horn of Africa, Kyle Books, 2018 — James Beard Award 2020
NPR, South Africa Celebrates Its Diversity With National Braai Day, septembre 2021
Crédits photographiques : Pixabay, Pexels.

